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Critical, creative and digital writingEcriture critique, créative et numérique

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2 91 2013idees-australiennes  

Acclimatement

Cela fait maintenant une semaine que je suis arrivé, 9 jours que je suis parti. Mes réveils matinaux difficiles se sont calmés, et ont fait place à des réveils enthousiastes à des heures bien plus confortables. La motivation est présente, le moral aussi, l'envie de travailler et d'avancer est intacte. Il y a des expériences qui vous font voir le monde différemment, qui vous font réfléchir aux choses différemment. Partir à l'autre bout du monde en fait partie, y rester loin des siens aussi. La période entre l'arrivée et l'acclimatement a été rude, me donnant l'impression d'être aspiré par un tourbillon de fatigue et recraché, lessivé, sens dessus dessous, sans dessus dessous dans un monde qui n'est pas le mien. L'écriture était un moyen de me raccrocher à mes sensations; la lecture un moyen de m'évader en direction des miens (je lisais Amitav Ghosh, River of Smoke, et l'histoire se passait en Chine, où des expatriés Indiens). Quelle ironie de se sentir proche des siens en Suisse quand on lit une histoire qui se déroule en Chine! Mais l'Australie étant ce qu'elle est… Construire son environnement, le façonner afin d'y être confortable et à l'aise, est un phénomène physique: laisser trainer ses affaires, mettre un cadre avec les photos de son amoureuse sur le bureau, se faire à manger et ne pas faire la vaisselle tout de suite, etc, sont des choses qui y participent. Chaque acte devient une pierre dans l'édifice de son environnement, et on s'en rend compte beaucoup plus facilement quand on est à l'étranger. Façonner son environnement est aussi un phénomène psychologique, mental (bien que je n'aime pas ces termes en soi, puisqu'ils nous font oublier que chaque processus mental est aussi corporel, et donc physique!): il faut s'approprier l'endroit nouveau, en faire son "chez-soi". C'est un exercice psychique assez actif et complexe à mettre en route, une sorte d'expérience de l'esprit à initier. Pour moi il y a eu un déclic à un moment, je me suis réveillé, et soudainement, je fus dans un lit qui était le mien, dans un appartement qui était le mien (temporairement bien sûr; je rassure tout le monde, je n'ai pas l'intention d'y rester indéfiniment). La différence de perception, de sensation, d'expérience de la vie, entre le moment où on se sent à l'étranger, et le moment où on se sent chez soi est abyssale. Soudainement, l'anxiété et l'angoisse de l'inconnu s'estompent pour faire place à l'excitation de la nouveauté. Et c'est en prenant ces nouvelles sensation à bras le corps que je m'en vais travailler en ce matin du 12 septembre 2013.