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Apprendre à lâcher prise (réflexions d'un enseignant)

Laissez-moi vous parler du métier d'enseignant et de ma courte expérience de sa pratique. Certains croient savoir qu'un enseignant est une autorité épistémique qui distille son savoir à petites gouttes, laissant les élèves absorber ses riches connaissances si gracieusement données jusqu'à pouvoir les recracher ad nauseam. Certains croient savoir que les élèves démotivés n'ont pas d'ambition autre que de profiter d'un système clément qui les materne à outrance et qui les déresponsabilise. Certains croient savoir que les élèves indisciplinés ont pour but de perturber, qu'ils sont l'ennemi à combattre afin que l'ordre soit établi et que le transfert de connaissances puisse se faire dans les meilleures conditions. Certains croient savoir beaucoup et en fait ne savent... heu... pas grand chose, voire rien. A mon sens, le métier d'enseignant est un métier où il faut savoir lâcher prise. Un enseignant n'est ni la police, ni l'autorité morale ultime, ni même un détenteur de connaissances savantes. D'après moi, un enseignant est avant tout un faiseur d'apprentissage, c'est à dire qu'il permet l'apprentissage des élèves en les faisant travailler, réfléchir, écrire, s'exprimer, interpréter, et pratiquer d'une certaine manière. Dans des contextes difficiles souvent liés à la situation socio-économique des élèves, il est parfois plus aisé de voir l'enseignant comme un garant de l'autorité étatique plutôt que comme un faiseur d'apprentissage. Cependant, lorsque l'enseignant est perçu comme autorité, alors il incarne l'autorité que certains élèves en situation difficile vont avoir tendance à mettre en question. Le cercle vicieux s'engage et la relation de pouvoir s'instaure comme un réchauffement climatique impossible à enrayer sans changer de système s(c)olaire. Pour pouvoir sortir de ces relations tendues entre profs et élèves, les enseignants ne doivent pas se voir comme l'autorité morale et épistémique, mais comme les faiseurs d'apprentissage qu'ils sont réellement! Pour un faiseur d'apprentissage, la situation personnelle de l'élève importe. Pour un faiseur d'apprentissage, la discipline "avant tout" n'a aucune raison d'être. Pour un faiseur d'apprentissage, les considérations politiciennes doivent être brûlées sur l'autel de la déraison. Pour un faiseur d'apprentissage, le respect de toutes les parties doit être le terreau sur lequel la fertilité épistémique doit pouvoir se développer. Pour un faiseur d'apprentissage, apprendre à lâcher prise est le point de départ de toute relation pédagogique. Le métier d'enseignant est complexe et compliqué à la fois. Il ne saurait être question ici de le résumer à un recueil de déclarations génériques. Cependant, un bon enseignant est avant tout un enseignant qui sait se remettre en question, lui et son système de pensée. Sans remise en question réelle, profonde, fréquente, la sclérose s'installe et les raccourcis disciplinaires deviennent monnaie si courante qu'un capitalisme éducatif devient la norme scolaire.
Laissez-moi vous parler du métier d'enseignant et de ma courte expérience de sa pratique. Certains croient savoir qu'un enseignant est une autorité épistémique qui distille son savoir à petites gouttes, laissant les élèves absorber ses riches connaissances si gracieusement données jusqu'à pouvoir les recracher ad nauseam. Certains croient savoir que les élèves démotivés n'ont pas d'ambition autre que de profiter d'un système clément qui les materne à outrance et qui les déresponsabilise. Certains croient savoir que les élèves indisciplinés ont pour but de perturber, qu'ils sont l'ennemi à combattre afin que l'ordre soit établi et que le transfert de connaissances puisse se faire dans les meilleures conditions. Certains croient savoir beaucoup et en fait ne savent... heu... pas grand chose, voire rien. A mon sens, le métier d'enseignant est un métier où il faut savoir lâcher prise. Un enseignant n'est ni la police, ni l'autorité morale ultime, ni même un détenteur de connaissances savantes. D'après moi, un enseignant est avant tout un faiseur d'apprentissage, c'est à dire qu'il permet l'apprentissage des élèves en les faisant travailler, réfléchir, écrire, s'exprimer, interpréter, et pratiquer d'une certaine manière. Dans des contextes difficiles souvent liés à la situation socio-économique des élèves, il est parfois plus aisé de voir l'enseignant comme un garant de l'autorité étatique plutôt que comme un faiseur d'apprentissage. Cependant, lorsque l'enseignant est perçu comme autorité, alors il incarne l'autorité que certains élèves en situation difficile vont avoir tendance à mettre en question. Le cercle vicieux s'engage et la relation de pouvoir s'instaure comme un réchauffement climatique impossible à enrayer sans changer de système s(c)olaire. Pour pouvoir sortir de ces relations tendues entre profs et élèves, les enseignants ne doivent pas se voir comme l'autorité morale et épistémique, mais comme les faiseurs d'apprentissage qu'ils sont réellement! Pour un faiseur d'apprentissage, la situation personnelle de l'élève importe. Pour un faiseur d'apprentissage, la discipline "avant tout" n'a aucune raison d'être. Pour un faiseur d'apprentissage, les considérations politiciennes doivent être brûlées sur l'autel de la déraison. Pour un faiseur d'apprentissage, le respect de toutes les parties doit être le terreau sur lequel la fertilité épistémique doit pouvoir se développer. Pour un faiseur d'apprentissage, apprendre à lâcher prise est le point de départ de toute relation pédagogique. Le métier d'enseignant est complexe et compliqué à la fois. Il ne saurait être question ici de le résumer à un recueil de déclarations génériques. Cependant, un bon enseignant est avant tout un enseignant qui sait se remettre en question, lui et son système de pensée. Sans remise en question réelle, profonde, fréquente, la sclérose s'installe et les raccourcis disciplinaires deviennent monnaie si courante qu'un capitalisme éducatif devient la norme scolaire.