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Critical, creative and digital writingEcriture critique, créative et numérique

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7 10 2022  

En attendant l'aube nouvelle

Depuis des mois, la pénombre est une compagne de route qui me suit dans mon pèlerinage vers la guérison. Cette amie malgré moi déteint le monde alentour, lui enlève ses couleurs et ses radiances. Sa clarté et sa brillance. Ses contrastes. Elle fait de ma vie un vieux film dont l'image délavée est couverte d'un grain malade et de tâches sales. Parfois même, elle saccade, la pénombre, le mouvement de ma marche. Me donne un air mécanique. Minéral. Étouffe les sons. Minimise mes émotions. M'emmène vers un néant de mots jusqu'à en figer le temps.
La pénombre est une compagne toxique. L'atmosphère est tout à fait pesante lorsque le monde est trop gris, que la pénombre est maîtresse et que la vie est statique. Très longtemps, pendant des mois, j'ai été piégé dans ce brouillard sans lumière, sans mouvement, le chemin m'étant caché, la destination m'étant voilée, ma vie d'avant volée. Piégé dans l'instant présent, le ici-maintenant, perdu dans la forêt de mes pensées, réduit à accepter les spontanées volontés d'un destin décharné me décharnant par érosion, une éclipse de vie dans mon torse. Piégé dans la pénombre du temps, en quelque sorte, attendant sans trop y croire qu'une nouvelle aube redonne des couleurs et des contrastes à ma vie en levant le brouillard et dissipant l'inertie de ma maladie.
Mais aujourd'hui, alors que je suis à la bordure de la clairière de mon être, ma voix s'étonne de voir à travers la canopée de mes pensées, tout au loin à l'est, les contours du Salève. Un dégradé de gris lui colle à la peau, mais ce qui m'intrigue vraiment est le ciel au-dessus de ma montagne de coeur: il se mue à chaque lettre que j'écris en un bleu vivifiant. Une illumination étincelle de vie?
Je n'ose y croire et détourne le regard de peur d'être aveuglé. J'observe mes mains, remue mes doigts engourdis, et perçois lentement sur ma peau pâle... des couleurs, des magies.
La lumière a percé la bulle de l'horizon et s'est déversée sur ma forêt comme la marée, apportant à son humus et son sous-bois une vitalité pointilliste qui m'avait tant manqué. Une aube nouvelle est arrivée! Baignée de sa lumière, l'éclipse dans mon torse décroît jusqu'à ne plus exister. À sa place, un bourgeon de soleil grandit en une fleur d'étoile. À sa place, une étincelle d'espoir se propage en un feu de joie. À sa place, une lettre, puis un mot, puis une phrase, puis ce texte.
En attendant l'aube nouvelle, j'écris ma maladie. Et je rêve et je rêve et j'envie les guéris.