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Critical, creative and digital writingEcriture critique, créative et numérique

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1 23 2019transpositions-fr  

Forêt incarnée

Je me rappelle de ce lieu où je m'étais réveillé cette nuit-là: la forêt lugubre de mes pensées cachées. J'étais obscurité, percevant mon corps seulement avec mon esprit. Je ne voyais rien, n'entendais rien et ne sentais encore moins: l’obscurité totale. Je crus même que j'étais mort, mais ce n'était que ma peur. Je me tâtai pour vérifier comment mon corps réagirait à mes propres mains. C'était étrange. J'étais conscient que je rentrais en contact, mais je ne pouvais pas ressentir le touché sur ma peau. Quelques instants plus tard, je crois, j'arrivai enfin à percevoir mes environs. De si grands piliers se dressaient tout autour de moi, si grands que j'en perdis presque l'équilibre. Je ne pouvais percevoir leur cime, et je compris donc que je n'étais qu'une minuscule créature dans ce monde. Un rugissement qui n'en était pas un se produisit. Je parcourus du regard le périmètre mais n'aperçus que la lugubre obscurité de la forêt, ses arbres et son vent. Bien sûr! J'aurais dû le savoir à ce moment, mais j'étais bien le seul à pouvoir respirer dans cet espace fermé. C'était mon monde que je ressentais, mon monde intérieur. Mais alors, le vent, était-ce donc mon âme? Je digresse. La tempête frappa avant l'aube, avant même que je n'ai pu clairement voir la forêt maudite. J'avais peur, car je savais que les vents, éclairs et pluies tempétueux détruiraient la forêt jusqu'à son dernier recoin. L'éradication totale. Le début de la fin. La fin d'une ère. Le début du rien. D'abord, les feuilles furent arrachées de leur branche. Les idées furent oubliées. Puis, les arbres furent déracinés de là où ils avaient toujours résidé. Les gens que je connaissais abandonnèrent ma mémoire. Enfin, la forêt dans son entièreté fut aplanie par le souffle de la tempête, et mon identité, mon moi profond, perdit ses couleurs, ses formes, ses noms. Mais ce n'était pas mon âme, non, qui avait détruit la forêt de ma mémoire: c'était bien mes actes! Mon corps resta figé, figé comme le temps, si immobile sur ce sol du néant. Il était la dernière chose qui me restait, qui m'appartenait. A la fin, je compris que j'avais toujours été des morceaux de sensations assemblés en surface biscornue à la va-vite. Je compris que je resterais cette coquille vide pour l'éternité, tout du moins jusqu'à ce que je laisse la forêt de ma mémoire grandir en harmonie. Et pourtant, je ne peux m'en empêcher: chaque fois que je vais dormir, je me demande si je me réveillerai dans une forêt ou dans une clairière.
Je me rappelle de ce lieu où je m'étais réveillé cette nuit-là: la forêt lugubre de mes pensées cachées. J'étais obscurité, percevant mon corps seulement avec mon esprit. Je ne voyais rien, n'entendais rien et ne sentais encore moins: l’obscurité totale. Je crus même que j'étais mort, mais ce n'était que ma peur. Je me tâtai pour vérifier comment mon corps réagirait à mes propres mains. C'était étrange. J'étais conscient que je rentrais en contact, mais je ne pouvais pas ressentir le touché sur ma peau. Quelques instants plus tard, je crois, j'arrivai enfin à percevoir mes environs. De si grands piliers se dressaient tout autour de moi, si grands que j'en perdis presque l'équilibre. Je ne pouvais percevoir leur cime, et je compris donc que je n'étais qu'une minuscule créature dans ce monde. Un rugissement qui n'en était pas un se produisit. Je parcourus du regard le périmètre mais n'aperçus que la lugubre obscurité de la forêt, ses arbres et son vent. Bien sûr! J'aurais dû le savoir à ce moment, mais j'étais bien le seul à pouvoir respirer dans cet espace fermé. C'était mon monde que je ressentais, mon monde intérieur. Mais alors, le vent, était-ce donc mon âme? Je digresse. La tempête frappa avant l'aube, avant même que je n'ai pu clairement voir la forêt maudite. J'avais peur, car je savais que les vents, éclairs et pluies tempétueux détruiraient la forêt jusqu'à son dernier recoin. L'éradication totale. Le début de la fin. La fin d'une ère. Le début du rien. D'abord, les feuilles furent arrachées de leur branche. Les idées furent oubliées. Puis, les arbres furent déracinés de là où ils avaient toujours résidé. Les gens que je connaissais abandonnèrent ma mémoire. Enfin, la forêt dans son entièreté fut aplanie par le souffle de la tempête, et mon identité, mon moi profond, perdit ses couleurs, ses formes, ses noms. Mais ce n'était pas mon âme, non, qui avait détruit la forêt de ma mémoire: c'était bien mes actes! Mon corps resta figé, figé comme le temps, si immobile sur ce sol du néant. Il était la dernière chose qui me restait, qui m'appartenait. A la fin, je compris que j'avais toujours été des morceaux de sensations assemblés en surface biscornue à la va-vite. Je compris que je resterais cette coquille vide pour l'éternité, tout du moins jusqu'à ce que je laisse la forêt de ma mémoire grandir en harmonie. Et pourtant, je ne peux m'en empêcher: chaque fois que je vais dormir, je me demande si je me réveillerai dans une forêt ou dans une clairière.