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Critical, creative and digital writingEcriture critique, créative et numérique

 ? 𝞪/A
8 70 2014idees-australiennes  

Je suis le voyageur

Je suis le Voyageur. Mon être n'est que mouvement. Je suis itinérance et fluidité. Je suis le cycle de l'eau, les plaques tectoniques, les alizées, zéphyrs, mistrals et autres foehns de nos pensées. Mon regard n'est fixé que sur l'infinie transformation d'un monde en flux. Mon corps diffus et difforme est dissipé, distendu, désagrégé par le passage du temps. Ma main s'écoule en verbes vibrants. D'une verve vivante elle écrit ses chansons. Ma voix vacillante virevolte vaillamment et provoque visions véridiques, bien qu'aggravantes et mystiques. Je suis le voyageur surconscient. Ma psyché s'est évaporée de mon corps et s'est attachée à mon environnement. Cette foisonnante union façonne le printemps du migrant. Le voyageur en moi est un voyageur du surmoi. Détaché et fixé, internalisé et exprimé, il s'active dans la liminalité lumineuse de la pupille de mes yeux. Je suis conscient de mon insignifiance, et inconscient de mon réel sens. Je suis perdu dans l'espace et le temps. Je suis le Voyageur. Je trace mon chemin sans itinéraire et sans arrêt. *** J'aime m'imaginer comme un cueilleur de mots. Dans ma culture de subsistance mentale, je suis toujours en quête de pensées nourrissantes. Je survis par une cueillette d'idées que j'effectue dans mon quotidien. Lorsque les vagues de lumière à l'aube m'abreuvent, ma journée débute. Je collecte les photons et les entasse dans mon panier mental, tressé lui-même par les objets trouvés par-ci par-là au cours de mon périple de vie. Dans ce maillage d'idées, de pensées, de souvenirs et projets, mes rêves se forment. Le mélange primordial de mon être est l'origine et le résultat de ma quête, le début et la fin de mon voyage, l'outil et l'artéfact de mon existence. La cueillette de mots est mon passé et mon futur qui s'enlacent en le présent de ma présence. Mais les mots ne sont pas que langage. Les mots que je collecte sont aussi idées, pensées, rêves et méditations, histoires et récits, descriptions, déclarations et questions. Par « les mots » j'entends un sens qui transcende le langage. Les mots sont à la fois les prédécesseurs et les suiveurs de mon système cognitif. A quoi bon séparer pensées, mots et expériences, quand les trois sont aussi emmêlés que le tressage même de mon être ? A quoi bon dissocier cognition, physiologie et écologie, quand les trois processus ne sont que les manifestations de ma ligne de devenir ? Je cueille les mots, mais je les plante aussi, les replante et les fais fructifier. Mon activité sous-tend la naissance de forêts d'idées. Je suis le cueilleur de mots, mais je suis aussi l'humus verbal, le feuillage linguistique, l'écorce et la racine langagière de la forêt imagée du fin-fond de la vallée de mes pensées.
Je suis le Voyageur. Mon être n'est que mouvement. Je suis itinérance et fluidité. Je suis le cycle de l'eau, les plaques tectoniques, les alizées, zéphyrs, mistrals et autres foehns de nos pensées. Mon regard n'est fixé que sur l'infinie transformation d'un monde en flux. Mon corps diffus et difforme est dissipé, distendu, désagrégé par le passage du temps. Ma main s'écoule en verbes vibrants. D'une verve vivante elle écrit ses chansons. Ma voix vacillante virevolte vaillamment et provoque visions véridiques, bien qu'aggravantes et mystiques. Je suis le voyageur surconscient. Ma psyché s'est évaporée de mon corps et s'est attachée à mon environnement. Cette foisonnante union façonne le printemps du migrant. Le voyageur en moi est un voyageur du surmoi. Détaché et fixé, internalisé et exprimé, il s'active dans la liminalité lumineuse de la pupille de mes yeux. Je suis conscient de mon insignifiance, et inconscient de mon réel sens. Je suis perdu dans l'espace et le temps. Je suis le Voyageur. Je trace mon chemin sans itinéraire et sans arrêt. *** J'aime m'imaginer comme un cueilleur de mots. Dans ma culture de subsistance mentale, je suis toujours en quête de pensées nourrissantes. Je survis par une cueillette d'idées que j'effectue dans mon quotidien. Lorsque les vagues de lumière à l'aube m'abreuvent, ma journée débute. Je collecte les photons et les entasse dans mon panier mental, tressé lui-même par les objets trouvés par-ci par-là au cours de mon périple de vie. Dans ce maillage d'idées, de pensées, de souvenirs et projets, mes rêves se forment. Le mélange primordial de mon être est l'origine et le résultat de ma quête, le début et la fin de mon voyage, l'outil et l'artéfact de mon existence. La cueillette de mots est mon passé et mon futur qui s'enlacent en le présent de ma présence. Mais les mots ne sont pas que langage. Les mots que je collecte sont aussi idées, pensées, rêves et méditations, histoires et récits, descriptions, déclarations et questions. Par « les mots » j'entends un sens qui transcende le langage. Les mots sont à la fois les prédécesseurs et les suiveurs de mon système cognitif. A quoi bon séparer pensées, mots et expériences, quand les trois sont aussi emmêlés que le tressage même de mon être ? A quoi bon dissocier cognition, physiologie et écologie, quand les trois processus ne sont que les manifestations de ma ligne de devenir ? Je cueille les mots, mais je les plante aussi, les replante et les fais fructifier. Mon activité sous-tend la naissance de forêts d'idées. Je suis le cueilleur de mots, mais je suis aussi l'humus verbal, le feuillage linguistique, l'écorce et la racine langagière de la forêt imagée du fin-fond de la vallée de mes pensées.