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Critical, creative and digital writingEcriture critique, créative et numérique

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Le "combat" contre le cancer commence!

Trois semaines après l'annonce de mon cancer, les nouvelles sont bonnes. Le monstre en moi, prénommé lymphome primitif du médiastin, se traite bien et j'ai beaucoup de chance d'en guérir après l'immunothérapie et la chimiothérapie. Quel soulagement quand j'ai reçu la nouvelle! Je peux maintenant me projeter dans le futur, au-delà de la parenthèse, et continuer la prose de ma vie avec ma femme et mon fils et mes proches et le monde. Cela me réjouit et me donne des forces, ce qui n'est pas du luxe sachant que le traitement durera 4 mois, jusqu'en novembre, et que le temps sera long, le moral affecté. Ecrire me permet de faire sortir ces émotions et sentiments hors de moi, de les expulser comme j'expulserai les cellules mortes de mon adversaires atomisé par le traitement. Le moral ces dernières semaines a été en dents de scie. Beaucoup de peur, d'angoisse, mais aussi des moments d'une pureté euphorique que je n'avais jamais ressentie. Voir mon fils évoluer, se transformer en petite personne, m'a souvent mis les larmes aux yeux de joie, et faire tomber mon morceau de banane sur le balcon sale, banane que j'avais prise pour me réconforter la veille de mon entrée à l'hôpital m'a fait couler les larmes de relâche cathartique. Les hauts et les bas font partie de la vie, mais rarement n'avais-je ressenti tant de densité émotive. La métaphore du combat contre le cancer, je l'ai beaucoup utilisée ces derniers jours. Et d'une certaine manière, tout ce que la vie m'inflige de négatif, j'ai tendance à le voir comme un ennemi à vaincre soit par résilience soit par agressivité. Cette perspective fait monter en moi les hormones du stress qui elles-mêmes activent mon corps en mode survie. Je me demande maintenant si sur le long terme ces métaphores de violence sont les meilleures. Pour faire face au choc, voir ce qui m'arrivait comme une agression contre laquelle je devais réagir par la violence a été une aide. Mais maintenant que je suis à l'hôpital, assis sur mon lit en train d'écrire ces lignes, je me questionne. Quelle autre métaphore pourrais-je utiliser qui ne soit pas aussi violente, aussi stressante, aussi anxiogène? Ce monstre en moi, je ne peux le toucher, je ne peux l'affecter directement; j'ai au contraire besoin de la médecine pour en venir à bout, comme on aurait besoin d'une aide spirituelle pour exorciser un démon si on n'était pas dans une société si médicalisée. Est-ce que l'exorcisme est une meilleure image de mon traitement? Est-ce que mon cancer est un esprit malin venu s'immiscer en moi? Je préfère presque cette image, je dois l'avouer, mais il y en a tant d'autres qui me viennent à l'esprit. Si mon corps est une machine, alors mon cancer est un léger dérèglement qui par effet boule de neige a commencé à affecter l'efficience du moteur. Et une voiture défectueuse, on la répare. Alors peut-être que mon immuno-chimiothérapie est une visite au garage? Cette image ferait plaisir à mon frère! L'autre jour, je voyais mon cancer comme une métaphore, ce monstre en moi. Et les métaphores, on peut les faire évoluer, lentement, de mot en mot, de phrase en phrase, jusqu'à terminer si loin de l'image originale - sans que le lecteur ne s'en soit rendu compte - que le phénomène initialement décrit n'est plus le même à la fin du texte. Peut-être est-ce cela que je dois concevoir? Je dois filer la métaphore, en ajoutant des variations jusqu'à ce que le monstre en moi devienne indolent, ne me fasse plus peur, ne me donne plus envie de me battre contre lui mais simplement de vivre ma vie indépendamment de la sienne jusqu'à ce qu'il n'ait plus d'emprise psychologique sur moi? Alors, lymphome, prépare-toi à te faire filer la métaphore par ton hôte. Tu ne vas pas y échapper et c'est le néant qui t'attend, étranger (métaphore xénophobe). Tu n'es pas chez toi en moi, tu n'as pas lieu d'être et n'a de but que de grandir jusqu'à ma mort. Vas-t-en et ne reviens jamais!