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Critical, creative and digital writingEcriture critique, créative et numérique

 ? 𝞪/A
1 11 2013idees-australiennes  

Oscillation

Il y a quelques jours, je me suis rendu compte que j'avais largement dépassé la moitié de la première partie de mon séjour australien. Ce fut un choc, car je me rendais compte qu'il ne me restait que cinq semaines et demie (sur les seize semaines totales) avant de revoir mes vallées, lacs et montagnes natales. Pourquoi étais-je surpris par le fossé entre mon schéma mental et mon expérience du temps? On croit souvent, et souvent à tort d'ailleurs, que les segments de temps sont aisément concevables. En réalité, l'expérience du temps et l'intellectualisation du temps sont deux choses bien distinctes, et les catégorisations de durée peuvent être trompeuses lorsqu'on oublie que perception (ou expérience) et représentation ne forment pas une totalité homogène, mais sont en fait les extrêmes d'un processus d'oscillation de la conscience. La notion d'oscillation que j'utilise ici est une manière de comprendre deux phénomènes qui sont conçus par certains comme dissociés, mais que j'aime penser unifiés: représentation et expérience. J'entends par là qu'à chaque moment de mon existence, ma conscience incarnée est constamment en train d'osciller entre 1) mes représentations—ou conceptions—du monde, et 2) mon expérience—ou pratique—du monde. Loin d'être séparés, comme le dualisme primaire aime nous le faire croire, chez un individu, représentation et expérience du monde sont en fait en dialogue. Ce dialogue entre représentation et expérience est assez simple à expliquer: lorsqu'on vit—qu'on agit, réagit et interagit—on met à jour nos représentations et conceptions du monde, et à leur tour, ces représentations influencent nos actions, réactions et interactions, autrement dit notre expérience et pratique du monde. Cela marche aussi dans le sens inverse, car la primauté de la conscience ne réside pas dans l'expérience ou dans la représentation, mais existe bien dans l'interaction des deux. Ainsi, notre conscience est toujours située, située dans le temps, l'espace et dans les concepts acquis au cours de notre vie. De la même manière qu'un type d'érosion est le résultat de la friction entre eau et terre, la conscience est le résultat de la friction entre représentation et expérience. Autrement dit, lorsque je vis, je creuse mon sillon dans ce monde, mettant en dialogue mes conceptions mentales et mes expériences spatiotemporelles. Je suis un torrent de la vie parmi des milliards de cours d'eau. Comme trace de mon passage, je creuse une vallée, et laisse au lecteur le soin d'y entreposer ses pensées.
Il y a quelques jours, je me suis rendu compte que j'avais largement dépassé la moitié de la première partie de mon séjour australien. Ce fut un choc, car je me rendais compte qu'il ne me restait que cinq semaines et demie (sur les seize semaines totales) avant de revoir mes vallées, lacs et montagnes natales. Pourquoi étais-je surpris par le fossé entre mon schéma mental et mon expérience du temps? On croit souvent, et souvent à tort d'ailleurs, que les segments de temps sont aisément concevables. En réalité, l'expérience du temps et l'intellectualisation du temps sont deux choses bien distinctes, et les catégorisations de durée peuvent être trompeuses lorsqu'on oublie que perception (ou expérience) et représentation ne forment pas une totalité homogène, mais sont en fait les extrêmes d'un processus d'oscillation de la conscience. La notion d'oscillation que j'utilise ici est une manière de comprendre deux phénomènes qui sont conçus par certains comme dissociés, mais que j'aime penser unifiés: représentation et expérience. J'entends par là qu'à chaque moment de mon existence, ma conscience incarnée est constamment en train d'osciller entre 1) mes représentations—ou conceptions—du monde, et 2) mon expérience—ou pratique—du monde. Loin d'être séparés, comme le dualisme primaire aime nous le faire croire, chez un individu, représentation et expérience du monde sont en fait en dialogue. Ce dialogue entre représentation et expérience est assez simple à expliquer: lorsqu'on vit—qu'on agit, réagit et interagit—on met à jour nos représentations et conceptions du monde, et à leur tour, ces représentations influencent nos actions, réactions et interactions, autrement dit notre expérience et pratique du monde. Cela marche aussi dans le sens inverse, car la primauté de la conscience ne réside pas dans l'expérience ou dans la représentation, mais existe bien dans l'interaction des deux. Ainsi, notre conscience est toujours située, située dans le temps, l'espace et dans les concepts acquis au cours de notre vie. De la même manière qu'un type d'érosion est le résultat de la friction entre eau et terre, la conscience est le résultat de la friction entre représentation et expérience. Autrement dit, lorsque je vis, je creuse mon sillon dans ce monde, mettant en dialogue mes conceptions mentales et mes expériences spatiotemporelles. Je suis un torrent de la vie parmi des milliards de cours d'eau. Comme trace de mon passage, je creuse une vallée, et laisse au lecteur le soin d'y entreposer ses pensées.