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1 70 2015maillage-du-genevois  

Saisissement

L'air se dilate dans mes poumons qui s'embrasent. Il n'y a pas de brise aujourd'hui qui puisse briser la solidité du milieu: l'épais air persiste, dense; les passants subissent; Genève s'assoupit, assommée par la vague de chaleur qui s'insinue dans la ville à chaque respiration. Puis, dans le coin de mon regard, je perçois l'impensable: au loin, le Mont Blanc me nargue de sa hauteur pétrifiée. Les neiges éternelles sont quelque peu orgueilleuses, quand en été elles se fondent d'une brillance radieuse, qui éblouit jusqu'ici et par contraste brûle. Alors je me saisis de sa fraîcheur, la fait mienne et la boit. Et dans ce saisissement, mes mains lèchent ses parois et s'accaparent leur froid. Le Mont Blanc lentement fond, sans pourtant courber l'échine; il continue à déverser ses eaux dans les vallées alentours, qui elles-mêmes viennent éroder Genève par l'Arve en ce jour. Lorsque ce cône géologique a fondu entièrement dans mon esprit engourdi, je cherche un substitut à sa fraîche mélancolie: c'est là que j'aperçois la fontaine, symbole de Genève, jetant ses dernières forces dans les hauteurs de la rade; sous ses myriades de gouttelettes et sa brumeuse cascade je me baigne en oubliant la chaleur de la vague. *** L'été est chaud à Genève en juillet: le bitume fond, l'atmosphère se pare de fines particules qui érodent nos vies et précipitent nos morts. La chaleur me saisit à son tour, alors je saisis la fraîcheur en retour, mais dans cette lutte des corps, je ne peux que perdre la guerre: le biologique est la victime du chimique. L'atmosphère m'assomme, me dépouille et me laisse pour mort. Au milieu des passants, au bord du rivage, je m'endors tranquillement, bercé par la mélodie du vent, qui dans mon esprit s'anime et s'attèle à rafraîchir ma peau désuète avant qu'elle ne s'effrite, calcinée par notre astre, et pétrifiée par un mode de vie trop longtemps insouciant.