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Les environnements urbains

J'appelle "environnements urbains" les environnements construits par les humains et qui par définition rassemblent une population relativement dense: en d'autres termes, les environnements urbains sont les villes et les villages. Les environnements urbains sont caractérisés par leur fixité architecturelle, leur régulation méticuleuse des mouvements des organismes et leur protection apparente des dangers du monde "naturel." J'affirme que ces caractéristiques ont lentement mené les gens à se sentir dissociés du monde: les espaces urbains ont aliéné les organismes humains de leur environnement. En finalité, cette dissociation crée un manque de soin et d'intérêt pour l'environnement. La fixité architecturale des environnements urbainsLa ville est un exemple parfait de la fixité des environnements urbains. Avec ses immeubles de verre, d'acier et de béton et ses routes d'asphalte, l'environnement de la ville semble rigide et inchangeable. En effet, la composante dynamique de la ville n'est pas son environnement, mais ses organismes. Ce sont les humains qui animent les villes (bien que de nos jours, l'électricité et les pixels peuvent aussi jouer ce rôle), pas l'architecture urbaine. Au contraire, les environnements urbains sont façonnés pour être statiques, afin que la population perde aussi peu de temps que possible dans les transports. Ce type d'environnement convient évidemment à notre mode de vie contemporain, où le temps est si précieux qu'il ne peut être gaspillé en mouvement, ce qui donne l'impression que seuls les moments où l'on est immobile et au travail peuvent apporter richesse matérielle et capitale. La régulation des organismes dans les environnements urbainsDe par le fait que la densité de population est élevée, les organismes humains ne peuvent pas être complétement libres de leurs mouvements et comportements. Des règles et régulations sont nécessaires afin de se prémunir contre les accidents de tous genres. En d'autres termes, des espaces spécifiques doivent être réservés à des types d'interaction spécifiques: les trottoirs sont réservés aux marcheurs, les routes sont pour les transports, les passages piétons pour les marcheurs qui veulent traverses les routes, etc. Cette régulation de l'interaction de l'organisme avec l'environnement urbain implique une compartimentation de l'espace. Si cette dernière n'est pas respectée, alors des accidents peuvent se produire. La compartimentation de l'environnement urbain est un prérequis nécessaire à la sécurité des humains dans les villes. Cependant, cela renforce la rigidité mentionnée précédemment. En effet, les compartiments ne sont pas perméables: les voitures ne devraient pas être vues avançant sur le trottoirs. Dans la même veine, les marcheurs s'aventurant sur les routes vont fréquemment se faire klaxonner par des automobilistes en colère. Cette régulation de l'organisme provoque la sensation que dans les villes, ce qui nous entoure est minutieusement sous notre contrôle. La protection du monde naturelLes environnements urbains semblent être séparés du monde de la "nature", principalement pour deux raisons. Tout d'abord, de par le fait que par définition elles sont construites par les humains, les villes ne font plus partie de "l'état de nature." Non seulement, cela renforce la dichotomie culture/nature mais cela l'étend. Les villes sont l'exemple parfait de la soi-disant élévation de l'humain du monde inférieur de la nature dans le monde supérieur de la raison. Ensuite, les environnements urbains créent une impression d'invulnérabilité aux phénomènes triviaux de la terre. Piégés dans la routine quotidienne des transports et du travail, les organismes humains perdent conscience du fait qu'ils sont partie intégrante d'un monde qui n'est pas sous leur contrôle direct. Pensez aux fréquentes tempêtes de neige qui paralysent les villes de la Nouvelle-Angleterre, ou aux tempêtes de sable qui frappent les villes de l'Est de l'Australie et de l'Est de l'Asie. Tragiquement, notre implication dans le monde nous est souvent rappelée de façons dangereuses et parfois fatales. La nécessité de repenser les effets de l'urbanisationL'urbanisation a participé au processus de dissociation conceptuelle des humains et du monde. Dans les environnements urbains, qui sont si souvent sous contrôle serré et régulation effrénée, qui sont construits pour être aussi sécurisant que possible afin d'éviter la paralysie des sociétés capitalistes, les organismes humains ont tendance à oublier que le monde n'est pas rigide, qu'il n'est pas tout le temps régulé, qu'il n'est pas toujours protégé. Quand des catastrophes frappent, notre sentiment de vulnérabilité et de fatalisme est amplifié par la dissociation apparente des êtres et du monde. Mais plus important encore, si on ne se sent pas impliqué dans le monde au sens large du terme, si on se sent aliéné dans des compartiments spatiaux, on ne va sûrement pas faire d'effort pour préserver le monde extérieur (extérieur aux environnements urbains). Comprendre que l'on fait partie intégrante du monde est un prérequis pour prendre soin de ce monde, et ainsi pour construire l'écosystème global du futur comme un espace viable.