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Refaire confiance à mon corps

J'arrive bientôt (encore deux jours!) au bout de mon dernier cycle d'immuno-chimiothérapie et commence à me poser des questions quant à mon futur. Dans un sens, je me sens guéri de la belle pomme moisie, ce lymphome B primitif du médiastin qui est une plaie depuis maintenant probablement une année. En même temps, j'ai perdu un peu confiance en mon corps, en sa capacité à me maintenir en bonne santé. Ce cancer me questionne beaucoup sur mon espérance de vie. Et malheureusement, je crains de ne pas avoir les réponses à mes questions par la médecine, car le recul est bien faible avec cette maladie, et les avancées dans le traitement ont été telles que je marche dans le brouillard. Ce cancer m'a rappelé que je suis faillible, que l'organisme humain n'est pas une machine qui se répare, que la vie est fragile, éphémère, emplie de risques qu'on connaît et de tant d'autres qui restent dans l'angle mort de notre attention. Et je dois quand même me l'avouer - et vous l'avouer. J'ai peur de l'avenir. Ce n'est pas une peur qui me paralyse. Ni une peur qui me déprime. Mais l'angoisse de mort est plus présente en moi, notamment en ce qui concerne le moyen-long terme. Je m'en étais rendu compte après le diagnostic initial mais l'avait refoulé pendant le traitement pour être plus fort, pour mieux faire face à l'adversité, aux effets secondaires. Pour ne pas inquiéter mes proches aussi. Désormais, ces sentiments se rappellent à moi et ces questions me taraudent: Combien de temps est-ce que ce cancer et le traitement curatif y associé m'ont-ils donc pris? De combien de jours, de mois, d'années est-ce que mon existence consciente a-t-elle été rognée? Ça me fait froid dans le dos d'y penser, mais je ne peux m'en empêcher. Je sais pourtant que penser à l'avenir est futile; on ne sait pas de quoi il est fait, l'avenir, après tout, cancer ou pas cancer. Je sais que je dois me concentrer sur le maintenant, sur le ici; le après et là-bas nous sont insondables, cancer ou pas cancer. Et pourtant, je n'arrive pas à ne pas y penser, à cet avenir incertain, à ce là-bas et cet après. Mon être entier est ambivalent face à la maladie et ses conséquences. Il y a du travail à faire pour réapprendre à lâcher prise, pour réapprendre à faire confiance à mon corps et à la vie, pour réapprendre à apprécier le moment présent sans s'encombrer des angoisses de mort qui planent sur nous tous pauvres mortels. L'acceptation de ma fragilité, de ma vulnérabilité, de ma finitude. Voilà ce sur quoi je dois travailler en parallèle de ma convalescence physique. Réapprendre l'insouciance. Réapprendre la confiance. Réapprendre à vivre sans le cancer en avant-plan de mes pensées. C'est tout un programme que de réapprendre à faire confiance à son corps. Mais je suis optimiste, car comme je l'ai déjà dit à mon cancer, il ne m'aura pas!